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Blizzard dans la tourmente pour satisfaire la Chine


Voilà une polémique dont Blizzard se serait bien passée. À un peu plus de trois semaines de la Blizzcon, le studio californien s’est attiré les foudres et à suscité l’incompréhension d’une partie de ses fans et de la communauté des joueurs. La cause en est les sanctions imposées au joueur hongkongais Blitzchung, suite aux propos qu’il avait tenus après un des matchs de la saison 2 des Grandmasters Hearthstone qui se déroulait le 6 octobre dernier. Suite à sa victoire, Blitzchung s’est livré à la traditionnelle interview de fin de rencontre, en portant des lunettes et un masque à gaz, et en appelant à libérer Hong-Kong, tandis que les casters, disparaissaient sous leur bureau et qu’un écran de publicité ne vienne interrompre la scène.


En clamant tout haut des revendications politiques dans un contexte d’affrontement entre la presque-ile et la Chine continentale, il savait qu’il prenait des risques, comme il l’écrivait sur le site Invenglobal le 6 octobre : « Comme vous le savez, il y a actuellement de sérieuses manifestations dans mon pays. Mon appel en streaming n'était qu'une autre forme de participation à cette protestation sur laquelle je souhaite attirer plus d'attention. [...] J'ai conscience de ce que signifie ce que j’ai fait en stream. Cela pourrait me causer beaucoup de problèmes, même pour ma sécurité personnel dans la vraie vie. Mais je pense que c’était mon devoir de dire quelque chose à propos de ce problème. »


Le joueur s’est donc attiré les foudres de la firme éditrice de Hearthstone, puisque le 8 octobre Blizzard annonçait prendre des sanctions à l’encontre de Blitzchung : ce dernier était suspendu pour un an de la ligue Grandmasters, et privé de tous ses gains financiers. Raisons invoquée par le studio ? Un point à discrétion de son règlement, que le joueur avait accepté, et qui précise que « Tout acte qui, à la seule discrétion de Blizzard, vous discrédite publiquement, offense une partie ou un groupe du public, ou endommage l'image de Blizzard, entraînera le retrait des Grandmasters et la réduction des prix du joueur à 0 $, en plus des autres recours qui peuvent être prévus dans le manuel et dans les conditions générales du site web de Blizzard. »


En mettant deux jours à réagir Blizzard s’est sans doute donné le temps de la réflexion, pris entre le marteau et l’enclume. D’un côté il y avait l’image que renvoyait cette décision auprès de sa communauté et des joueurs en général, de l’autre il y avait le risque financier à offenser les autorités et le public chinois en laissant cela impuni.

Pour ce qui concerne les joueurs, les réactions ne se sont pas faites attendre, partagées entre l’indignation envers une sanction vue comme politique (alors que Blizzard sanctionne le non respect des règles et pas le message politique en lui-même), et l’incompréhension d’une mesure qui aurait très bien pu être un avertissement, un ban temporaire plus court ou une amende. On a donc assisté à une kyrielle de messages indignés, désabonnements, désinstallations des jeux, appels au boycott, requêtes en jeu, et même jusqu’à l’auto-mise sur le côté de Brian Kibler caster respecté et expérimenté de la communauté Hearthstone qui souhaite prendre du recul tant que la situation n’a pas évolué.


Mais Activision-Blizzard a des intérêts financiers importants en Chine, et comme souvent ce sont ces derniers qui priment. D’après le cabinet Sensor Tower, en 2018 les revenus mobile de l’application Hearthstone proviendraient à 31% de la Chine (pour 51 millions de dollars), alors que ce chiffre là n’atteindraient que 31,3 millions de dollars aux États-Unis. En outre Activision-Blizzard est détenue à hauteur de 5% par le mastodonte chinois Tencent, qui possède également la totalité de Riot Games (League of Legends), ou encore 40% d’Epic Games (Fortnite). Tencent possède également Timi Studio Group qui a développé Call of Duty mobile pour Activision Blizzard (le plus gros lancement de l’histoire du mobile avec 100 millions de téléchargements). Enfin il faut également citer NetEase, qui a développé Diablo Immortal, toujours sur mobile, et qui distribue les jeux Blizzard en Chine.

La décision a sûrement été compliquée à prendre sûrement tant les paramètres politiques, géopolitiques, financiers et humains entraient en compte. C’est néanmoins du côté d’un de ses marché phares que la compagnie a donc décidé de se placer, que ce soit préventivement, ou sur demande.


L’affaire a évidemment fait grand bruit au delà des forums de discussions et des sites spécialisés. Epic Games (dont Tencent est actionnaire) a estimé utile de préciser par la voix de son président Tim Sweeney, que tant qu’il serait là, jamais un joueur ou un créateur de contenu ne subirait la même chose. Reste à savoir ce qui serait effectivement fait du côté d’Epic si pareille chose se produisait si d’aventure la coupe du monde de Fortnite avait lieu en Chine par exemple.


Ce genre d’affaire a également eu lieu plus récemment dans le cadre de la NBA, très suivie en Chine, après que le manager des Houston Rockets, Daryl Morey, ait suscité de vive réactions dans l’empire du Milieu, après avoir soutenu les manifestants hongkongais sur Twitter. Les répercussions ne s’étaient pas faites attendre, puisque, hormis le déchaînement des réseaux sociaux chinois, la télévision publique CCTV annonçait qu’elle ne retransmettrait plus de matchs de Houston et des sponsors avaient menacé d’annuler leur contrats. Le marché chinois, étant important pour les finances de la NBA, Morey retira son tweet et présenta ses excuses, tout comme la NBA et d’autres joueurs, mais rien n’y a fait.


Cette affaire liée à la NBA, tout comme celle liée à Blizzard ont suscité des réactions politiques aux États-Unis, dans un contexte d’affrontement commercial fort avec la Chine. Différents sénateurs sont donc montés au créneau pour reprocher à Blizzard d’obéir au parti communiste chinois ajoutant une couche de polémique à cette affaire.


Enfin ce 12 octobre, 4 jours après le début de la polémique, J. Allen Brack, le président de Blizzard s'est fendu d'un communiqué assez convenu, précisant que les relations du studio avec la Chine n'avaient joué dans la décision, que le bannissement avait été finalement établi à 6 mois pour Blitzchung et les deux casters, et que le joueur ne se verrait pas privé de l'argent qu'il a gagné en tournoi.


À moins d’un mois d’une Blizzcon qui devait faire oublier l’édition désastreuse de 2018, Blizzard s'est donc retrouvée embourbé dans une histoire dont elle se seraient bien passée. Et il ne serait pas surprenant de voir des pancartes politiques à la Blizzcon cette année. Tout cela rappelle que dans un contexte économique morose, où la Chine s’en sort mieux que l’Occident, et forte d’un régime autoritaire qui ne souffre pas ce genre de contrevenances, travailler sur le marché chinois se fait avec les règles chinoises. Une leçon dont Blizzard a fait les frais.

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